Le phenomene des super entreprises, quand les telcos font tout
Also available in English
Bonjour a tous,
Dans mes articles precedents, j’ai parle de sites publics mal concus et d’une application bancaire qui met les utilisateurs en difficulte. Ces sujets parlent surtout de mauvaise execution. Mais il existe un probleme plus large dans l’espace numerique camerounais.
C’est le probleme des grandes entreprises qui font tout.
Au Cameroun, MTN et Orange controlent ensemble une tres grande partie du marche des telecommunications. Ce n’est pas nouveau. Ce qui est plus inquietant, c’est qu’elles ne sont plus seulement des operateurs de telephone et d’Internet.
Elles sont devenues des super entreprises.
Elles proposent du mobile money, des microcredits, des cartes virtuelles, du cloud, de l’hebergement, des services aux entreprises, du streaming, des solutions de tracking, et meme des super-apps. Elles sont partout.
Ce qu’elles controlent aujourd’hui
MTN et Orange operent maintenant dans plusieurs secteurs a la fois.
Dans la finance, elles controlent le mobile money, proposent des prets, et lancent des cartes virtuelles pour les paiements internationaux.
Dans le divertissement, elles proposent des services de musique, de streaming, de messagerie ou des applications qui veulent regrouper plusieurs usages.
Dans les services aux entreprises, on retrouve l’hebergement web, le cloud, la gestion de flotte, les data centers, les outils Microsoft, et d’autres services professionnels.
Elles ne sont plus seulement des telcos. Elles sont devenues des conglomérats numeriques.
Et souvent, elles avancent presque en miroir. Quand l’une lance un service, l’autre suit. Quand l’une ajuste ses prix, l’autre n’est jamais loin. On a parfois l’impression qu’elles partagent le meme calendrier.
La qualite reste problematique
Le probleme, c’est que les services de base ne sont pas toujours au niveau.
Les appels et les connexions Internet restent instables. Des forfaits disparaissent sans explication claire. Des entrepreneurs doivent deplacer des reunions internationales parce qu’une simple visioconference devient impossible. Beaucoup finissent par travailler tard la nuit parce que le reseau est moins mauvais.
Les amendes regulieres de l’ART montrent que le probleme n’est pas imaginaire. Les operateurs ont deja ete sanctionnes pour non-respect des engagements de qualite et de couverture.
Quand une entreprise controle autant de services, mais que meme le service de base reste instable, la question devient serieuse.
Le probleme pour les startups
Imaginez une startup camerounaise qui veut construire un produit numerique.
Vous voulez faire du paiement mobile? Vous etes face a MTN et Orange.
Vous voulez proposer des microcredits? Elles le font deja.
Vous voulez creer une solution de tracking de vehicules? Elles sont deja la.
Vous voulez lancer une application de streaming, de messagerie, de billetterie, ou une carte virtuelle? Elles ont deja une offre ou peuvent la lancer tres vite.
Comment concurrencer une entreprise qui a des millions de clients, beaucoup de capital, des centaines d’ingenieurs, l’infrastructure reseau, et la capacite de perdre de l’argent sur un service pendant longtemps?
La reponse est simple: on ne concurrence pas vraiment. On survit, ou on abandonne avant meme de commencer.
C’est le drame silencieux de l’ecosysteme tech camerounais. Les startups ne meurent pas toujours parce que leurs idees sont mauvaises. Elles meurent parce qu’elles doivent affronter des geants qui controlent l’infrastructure et tous les services construits au-dessus.
Le parallele avec Microsoft
A la fin des annees 1990, Microsoft a ete accuse d’abuser de sa position dominante dans les systemes d’exploitation pour favoriser ses propres produits. La lecon etait claire: quand une entreprise controle l’infrastructure, elle ne devrait pas aussi controler toutes les applications construites dessus.
Aux Etats-Unis et en Europe, ce type de domination provoque au moins des enquetes, des proces ou des amendes. Au Cameroun, le silence est beaucoup plus grand.
Ici, MTN et Orange controlent les antennes, les cartes SIM, l’acces Internet, et les rails du mobile money. Ensuite, elles utilisent cette position pour proposer tous les services possibles au-dessus.
Ce n’est pas seulement un probleme de marche. C’est une barriere structurelle a l’innovation.
La dependance de l’Etat
Il y a aussi une verite inconfortable: l’Etat camerounais depend de ces operateurs.
Les transactions mobile money generent des taxes. L’Etat collecte donc une partie de ses revenus a travers les memes plateformes qu’il est cense reguler.
Cela cree un conflit d’interet. Trop reguler pourrait perturber une source de revenus. Ne pas reguler laisse le duopole continuer a extraire de la valeur des consommateurs.
Si le Cameroun veut construire une economie numerique saine, il a besoin d’infrastructures de paiement et de connectivite qui ne dependent pas uniquement de deux multinationales.
Ce qui doit changer
Il faut d’abord reconnaitre le probleme. La situation actuelle n’est pas un marche libre. C’est un duopole avec des barrieres d’entree enormes.
Ensuite, il faut renforcer la regulation. Les sanctions doivent etre assez importantes pour changer les comportements, pas seulement pour faire un communique.
Il faut aussi proteger les startups. On devrait discuter serieusement de separation structurelle: une entreprise qui possede l’infrastructure devrait-elle pouvoir lancer tous les services concurrents au-dessus?
Enfin, il faut renforcer les alternatives locales. Camtel, les fintechs locales, les infrastructures publiques ou ouvertes doivent avoir une vraie place.
Derniere pensee
MTN et Orange ne sont pas des entreprises diaboliques. Elles fournissent des services essentiels a des millions de Camerounais.
Mais leur domination est arrivee a un niveau ou elle bloque la concurrence, penalise les consommateurs, et limite la croissance d’un ecosysteme tech local.
Dans une economie numerique saine, les startups devraient competir sur les idees et l’execution. Au Cameroun, elles competissent souvent contre deux geants qui controlent tout le terrain.
Ce n’est pas de la competition. C’est de la survie.
Comments
No comments yet. Be the first to comment!
Leave a Comment